mardi 17 octobre 2017

Les "chahut" (7)


Grande courbe du



Grande courbe du 
( ligne qui joint tous les points d'une même altitude )
niveau des eaux
pensées flottantes désossées,
des bois, sources sanguines inconscientes, jaillissements sonores
vers le haut volent toutes sortes de cris
tandis que je descends dans mon sang :
et sans chercher je vois
quoi dire

lundi 16 octobre 2017

Un chien aboie



Un chien aboie, ils sont sept
à entretenir la peur.
Les grands sapins secouent la lune
intermittente
sur la dalle de ciment,
et dans l'eau noire des bols
toute la membrure du chenil consent et louvoie.
Je cale ma respiration sur celle, plus lente,
du ciel où gonflent les nuages circonscrits
dans le golfe sombre des bois.

Les "chahut" (6)


samedi 14 octobre 2017

Les "chahut" (5)


Tout est calme



Tout est calme,
je regarde la cour
elle brille sous la lune brève.
Mouillées par une pluie que je n'entends pas
les ombres tombent dans les ombres différentes que sont les arbres,
avec des feuilles
et obturent, force de la nature qui ne tarit pas,
les pierres autour d'un feu que j'allumerai demain.
Le profil de tilleul grandit dans l'allée,
émerge la face de la noyée.
"La nuit donne à mon ombre sa matière"
La lune inonde.

jeudi 12 octobre 2017

Il me semble que le fleuve s'allonge



Il me semble que le fleuve s'allonge aujourd'hui paisible
et passivement 
se laisse descendre et remonter sous la courbe des ponts, les boucles des saules et des vignes rouges ainsi que la blancheur vibrante des façades à peine démêlées dans l'eau calme par les passages répétés - voyantes traînières aux avirons scandés par la timbale -
que voilà un tableau édifiant - oh, la belle journée de ville et comme nous savons rentabiliser nos eaux, nos rives, nos cœurs - muscles profitez, fortifiez, poumons respirez en rythme !
Par-dessus courent les coureurs - nuque forcée, mâchoire devancière, pliez os ! - et les chiens, mais bien moins disciplinés.
Je m'incline pour voir le héron patient sous un saule, debout sur sa jambe grêle. Les berges au loin joignent leur végétation dans la poudreuse, sous les roches hautes et roses de la citadelle, amenuisent le point de fuite, d'issue aucune.

Les "chahut" (4)


mercredi 11 octobre 2017

Ce sont de sombres mains



Se sont de sombres mains ajourées
étrangères à mes bras
dont la danse ressuscite la saison
le soir l'obscurité des voix
les visages non décisifs
posés dans la chevelure de vent

Les "chahut" (3)


mardi 10 octobre 2017

lundi 9 octobre 2017

De jour, assise sous le tilleul



De jour, assise sous le tilleul, l'ombre accroche sur la table ocellée les reliefs de l'été : quatre galets de rivière ballent parmi les ocelles, dont on ne sait lesquels ont le plus de poids, lesquels ont pressé les pages d'encre, pierres ou roches lèges, c'est à voir, averse dans les yeux suspicieux. Lesquelles. Je soupèse aussi et mes mains mouchetées rejouent cette neige.

Les "chahut"


vendredi 6 octobre 2017

Aujourd'hui



Aujourd'hui
un vif soleil mûrit les figues à l'arbre
les branches penchent jusqu'à terre, nourrie du lait, de l'eau, et du sucre des fruits tombés, non ramassés,
l'herbe fourmille, le liseron progresse encore dans les asters, poursuit l'ascension des tiges qui plient, nos os plient,
à genoux sur le gravier,
la soie du liseron, de coupe en coupe plus pure dans les astres défroissés, plus près du soleil, s'extrait du massif noirci, la fin de saison somme,
je cherchais aveugle, aveuglément je marchais cherchant sur le chemin, tout était là évident, évidant le "gouffre toi", cette sorte de désastre, tout était là pour prendre place dans le monde et la prit, poursuivant, c'était d'accepter de poursuivre qu'il s'agissait…
Et maintenant,

dehors existe par mes yeux, (très concrètement) il suffit que je le veuille, nommer les choses, feuille, pierres de calcaire coquillier, treille au dessus de la porte, et la porte, feuilles encore, décomposition dans les flaches…
Un escalier au soleil où faire ample cette danse avec les branches et la foule des détails.
Aller au bout de la fatigue.

Ont fait irruption : trois sphinx tête de mort, l'un deux a crié lorsque je l'ai poussé vers la sortie, un HiHi sifflé aigu, et trois grillons ce soir, errant reclus dans leur tête noire.

Serment (8)




jeudi 5 octobre 2017

Serment (7)



Où aller, pour quoi faire ?



Où aller, pour quoi faire ?
Une toute petite chose m'anime à l'instant, mécanique des courants, son avant-bras dénudé, sa main délicate - pouce et majeur disjoints sur le mégot, ses yeux plissés pour jouir des poumons sans pleurer - apportant au visage l'infime braise, puis la bouche expirant, cette légère fleur de gaz qui éclot entre mon œil et le tilleul qu'elle voile, tout danse lentement, le tilleul aussi,
le nuage physique et logique de nos jeux recouvre l'effroi, ces images que je me rappelle sans cesse autant que les visages oubliés, l'injonction de mémoire et la sommation de connexion se perdent dans cet instant, divaguent un moment au lieu du feuillage troublé, de branche en branche palpitant, la nuit respire, c'est palpable, et nous balbutions heureusement : la beauté rigoureuse est là dans ce trouble évident, émergeant de la nuit par l'extrémité rougie d'une cigarette dans la corbeille imparfaite d'un tilleul, l'effort mis à cela, sûrement, la preuve par la sensation ou le fumeur ?
Vision envolée, où les mots ? S'étiolent à même les doigts. Où sont passées lune et feuilles changeantes, veuille perdurer comme cet arbre de miel cliquète, la source de mon rêve… Veuille, veuille !

mercredi 4 octobre 2017

Serment (6)



Comme tu fumes



Comme tu fumes calmement devant la porte
en regardant le tilleul
ou la nuit
ou la nuit où elle perce le tilleul
il jaunit et vacille
projeté sur le mur
et sur le toit
à rebours
le vent noircit les feuilles
toi expirant ce gouffre
ta main porte vers ton visage le seul
point d'incandescence
que tu ravives
et je l'accompagne

mercredi 27 septembre 2017

Serment (3)




Massif, un pan de mur jaune où lève



Massif, un pan de mur jaune où lève
l'aube que j'attends est une couleur
ravale une fleur blême sur
mes lèvres
sèches sèches
lèvres qui
tiennent l'écart :
lointain encore est le jardin

lundi 25 septembre 2017

Prolongement - non pas saisie



Prolongement - non pas saisie,
ne prenons rien -
de la sensation,
les persiennes filtraient légèrement et les murs
roses en tremblaient dans l'après-midi
je sais qu'au bout de l'allée les asters
et les onagres exultent - couleur ou son
c'est une parade haute contre
l'affiche
de ciel gris


Serment (2)


dimanche 24 septembre 2017

Serment


Prolongement des lierres



Prolongement des lierres
à la table commune   la
table si longue du temps
des nuits entières à
je pense d'abord aux aubes brouillées
celles qui lèvent en premier lieu sur les pierres
devant la maison
et défont progressivement
- desserrent -
les halliers du fond

samedi 23 septembre 2017

Jeux de mai (25)


Et je lis




Et je lis "que le chant lui soit lierre !"
oui. Que tout le temps nous soit lierre
liant
écharpe et torche dans la bouche emmurée 
- il procède sans racine, mais pas du hasard -
parole
ce lierre
métaphore qu'une lente entente - lente s'entend -
(depuis le presque début) avec les pierres
reverdit

lundi 18 septembre 2017

Jeux de mai (22)



Non récurrente / la nuit




Non récurrente
la nuit - toujours la même nuit -
s'avance
d'où elle émerge
succédant à la nuit
une berge pâlie sous les cailloux arides
du très éblouissant jour
celui
lumière qui raidit
qui file

samedi 16 septembre 2017

Dis que le buisson noir oscille là-bas



Dis que le buisson noir oscille là-bas
et dévie la lune sur le carreau
ce soir il n'y a rien d'autre que la
noire
la nuit
dis comment
cette déviation
émeut et aussi
désunit

Jeux de mai (21)



vendredi 15 septembre 2017

Pour appeler le temps



Pour appeler le temps
temps
et l'espace : mouvement, ruine.
A l'ombre du pont sous les doigts
un autre pont
fémoral
soutient tout le poids sur l'échelle
genou plié à l'équerre du tronc
j'entends "je n'ai pas mesuré la résistance
de la pierre soustraite à la voûte"

Jeux de mai (20)


jeudi 14 septembre 2017

Jeux de mai (19)



Car ici tombe



Car ici tombe - car
le temps bleui dans les branches
tombe
comme tombent des gouttes.
Aucune image ne m'arque plus
que le fruit pendu à l'arbre
et l'impact gauchi. Dans l'herbe
fleurissent des guêpes

mercredi 13 septembre 2017

(on dirait des pâquerettes



(on dirait des pâquerettes qui se défont
on dirait
et on dit : "par trop de silence tentée"
on cueille on ne sombre pas on dit
on tient le monde dans ses mains
c'est le sang
qui jaillit entre les doigts)

Jeux de mai (18)



mardi 12 septembre 2017

Un lac sombre au loin



Un lac sombre au loin,
au-dessus du bois
la lisière est une ligne perméable noire.
A mes pieds un poirier
la traverse gravissant ce lac 
y puise sa
forme infuse et tourmentée

Jeux de mai (17)



lundi 11 septembre 2017

Jeux de mai (16)



Attend là-même où mène la nuit



Attend là-même où mène la nuit
- noir sans gradation -
et de pair avec le poirier
- la même implication dans les branches -
                      une échelle noire 
mais donnée d'un seul tenant
au mur l'effroi
et dont les montants arpentent le toit