vendredi 25 mai 2018

Pensées croisées 44



Au bord du / carré ébloui


Au bord du
carré ébloui
les cassis odorants - coriaces - odorent
et je regarde
la pie sur l’herbe fraîchement coupée. Blanches
rémiges rangées sur le corps noir
beau ventre blanc et flancs quelle
mécanique suscite ainsi
ses saccades éblouissantes
m’étourdissent

jeudi 24 mai 2018

La pie


La pie - échantillonnage de la scène visible -
- ou sa suite de valeurs discrètes sur le pré -
piète dans mon œil abusé
près du tilleul où
la roue tourne à l’envers parfois
des voix tournent dans le bourdon
des voix
qui tourmente la fleur
la traversée des doutes
(floraison n’est pas raison)
qui taraude le stigmate
viride dans la lumière intermittente
quiète inquiète
elle opine de la tête
à quoi bon à quoi
acquiescer ainsi ?

Pensées croisées 43




mardi 22 mai 2018

La pie s'échantillonne


La pie s’échantillonne. Sur le pré éblouie près du tilleul
où je suis repliée avec mon spectre
des voix tournent dans le bourdonne-
ment
un mouvement intermittent
stro bos co pique
quiète inquiète la pie / opine

Pensées croisées 41



lundi 21 mai 2018

Le tilleul martèle


Le tilleul martèle.   
       Sous le tilleul
un tourment tourne tourne - avec les ocellées -
comme sur un plateau
ce qui n’est pas un jeu - ni un manège - pourtant
fait fête.
Pica Pica une pie bavarde
fractionne le temps    - humeur saccadée -
entête

Pensées croisées 40



samedi 19 mai 2018

La clameur monte


La clameur monte avec la chaleur
le colza enivre le chemin monte
l’ivresse est vaine et sans objet il n’y a vraiment pas de quoi - quoi ? Tu parles seule - être gaie - tout ce jaune englue la lie est dans la tête - est une couleur complémentaire -
Tu parles ! Pédale plutôt !
La lisière du bois a été mâchée par un broyeur
les branchages amassés au godet forment une paroi élevée - la forteresse n’en est que plus obscure, humide, impénétrable aussi

Pensées croisées 39






vendredi 18 mai 2018

C'est un testament


C’est un testament - ça ne l’est pas - de testari «  prise à témoin »
l’alliance de la chose vue et de qui voit
de concert - un concert -
tous ensemble ils [y] travaillent
contre le temps

Un concert - oiseaux qui ne s’arrêtent pas
de l’aube au coucher -
le jaune fusible des champs
ou les coulées de terres grises - des hasts noirs
déferlent
horde en hâte - la précision d’une volée de flèches
sans cible -

Pensées croisées 38



jeudi 17 mai 2018

Pour un herbier (37)


Sans intention ni finalité ils fleurissent


Sans intention ni finalité ils fleurissent
et je les suis
parce que le voulant - je le veux -
parce qu’aussi incertaine de mes fins
cette déraison conduit mon étude sur un chemin découvert
et muet - chemin blanc -
pourtant qui ne se tait pas - plutôt indéfini

sur ce chemin - indéfini -
un paysage par taches - des champs de colza : fluence qui éclaire
si près sur les remblais poussent les pierres et
fleurissent que nous voyons - euphorbes Petit-cyprès - les petites
fusent - mais qui ne se départ pas d’un lointain
précis à l’horizon
une horde d’oiseaux incendie
à même la clarté
des colzas

mercredi 16 mai 2018

De la terre et de l’eau


De la terre et de l’eau
le jus des baies de sureau pressé dans nos paumes guerrières
un bâton - une verge de fusain - pour remuer
- ce vin âcre et noir -
relevé d’une tête d’euphorbe - son lait collait longtemps les doigts efforcés à faire
vraisemblable - nous inventions la meule et l’âge de pierre
l’amour la guerre et l’attente
il fallait que tout soit vraisemblable

mardi 15 mai 2018

Petite Éclaire à Pâques ou Petit (faux) cyprès


Petite Éclaire à Pâques ou Petit (faux) cyprès
plus tard dans l’été
cueillies avec la carotte sauvage
et le sureau Sambucus nigra sa fleur si blanche d’abord puis les baies
- nos doigts noircis accusaient le « vin » qui fermentait dans les pots
noyant des mouches
sureau : il portait ses raisins
sans aucune accointance avec la vigne
c’étaient nos vendanges et nous jouions le soir l’attente
dans l’orbite de la lune entrait encore une étoile qui s’avançait
à sa rencontre sans que ce signe n’annonçât la mort d’un roi
le roi nous l’attendions à notre table invité
au son de sambukê que nous tirions du bâton évidé de sa moelle - innocentes ! -
nous cuisinions des couleurs et des fleurs
les choses qui nous entouraient en étaient d’autres
sexuellement autres et latentes
dans la poussière nous nous tenions accroupies
petites dans les reliefs de nos jeux
nos peaux lucides et blanches
les doigts voyants par tout ce sang

Pensées croisées 37



lundi 14 mai 2018

Pourtant c'est la toute discrète


Pourtant c’est la toute discrète - et petite récidive -
fleur de l’euphorbe au fossé
Petit-cyprès de l’herbe si proche - ces cyathes fluorescentes
ni jaunes ni vertes étaient de nos assiettes les plus riches à la dînette -
c’est l’euphorbe toujours sur le chemin
qui veut qui insiste
qui ramène au souvenir
et à l’enfance

Pensées croisées 36



dimanche 13 mai 2018

Quelle lumière


Quelle lumière
venue des dessous - le chemin assène - la montée
un outrage crucifère
dans les colzas tempétueux
- nappe jaune brassée
percée d’éclairs bleus - la douleur éclairante soudain
infuse le ciel bas
et le coup à mon front répercuté :
voici un chemin qui répond.

Chemin inversé outrageux
dans la montée qui ne tait pas

Pensées croisées 35












samedi 12 mai 2018

L’euphorbe petit-cyprès


L’euphorbe petit-cyprès - une autre euphorbe - éclaire le bord du chemin
mêlée aux herbes sèches - un échafaudage de paille  -
au fatras des feuilles        
primevères gaufrées aux hampes défleuries
blanc sale
violette odorante ses feuilles cordées et sur des rejets
tendres et nervées celles du cornouiller.

L’escale est fraîche entre les colzas
et les bois noirs
le vélo couché sur le remblai. La roue étincelle
aux rayons argentés en tournant rabat les ombelles
comme la mienne tourna autrefois dans les orties.

Ciel assombri de soir d’orage je regarde Lucas
mon garçon de 9 ans déjà
son casque luit
et je souris
en haut de la côte il fait nuit au-dessus des prés clairs

Quelle lumière
venue de sous les colzas
retiendra ce chemin
qui menait plus loin que mémoire

Pensées croisées 34




vendredi 11 mai 2018

Valériane La dite Herbe à la meurtrie -


La dite Herbe à la meurtrie -
on y a recouru pour soigner les traumatismes des combattants des «  grandes » guerres
un autre flower power ?
mais elle n’a pu tous les guérir - les humains les aguerris -
le traumatisme est ailleurs
elle qui passait aussi pour un puissant philtre d’amour

jardin de la plaie ouverte
aujourd’hui tout tremblant
une seule le cicatrise
vert issu des verts où
abeilles et fleurs - jupes ouvertes des ancolies -
dans un bourdonnement affairé
- renversant - achève
de nous convaincre

où se rompit la résistance
dans les jambes la fermeté abolie
lumière fêlée et la brise déplace
des visages en nous
aussi longtemps que sera la question

Pensées croisées 33



jeudi 10 mai 2018

Combien nécessaires


Combien nécessaires sont les ronces
pour relancer les arcs
jeter des ponts.    Combien les bourgeons
pour élucider
dans les courbes desserrées
les éveils et combien les hampes les ombelles 
- des ombellifères les axes déflagrants - ô combien !
pour entendre au plus près du savoir non volontaire
discerner sans posséder - pour rien au monde -
- la dépense gracieuse -

Pensées croisées 32





mercredi 9 mai 2018

Je suis aux fleurs


Je suis aux fleurs - comme aux anges
à la langue - beautés succulentes parlées sans crainte - je pourrais épeler :
ancolies collerettes
rescapé cyclamen
centaurées bleus écheveaux
pivoines (ah pivoines !)  émue
valériane la valeureuse   grâce offerte    du granit
marguerites et pâquerettes
lilas les thyrses neigeux au ciel nègre
et bien d’autres - j’en mangerais j’en mange -

Pensées croisées 31



mardi 8 mai 2018

Je vous croise sur paroles


Je vous croise sur paroles
avec ma salive - question de goût -
aussi longtemps qu’il y aura question
comestibles sont vos verts qui élucident
à la cueillette ! À la cueillette ! L’ancolie est là probante
qui découle des paroles
éclatera bien la véridique en semences suffisantes
pour ressemer résonner
elle exprimera prima vera ses désirs
et pas de main morte en divulguant

je vous croise
et les poèmes sont des pensées
va la danse de mes pensées

Pensées croisées 30






dimanche 6 mai 2018

Le crin infaillible presque


Le crin infaillible presque de vos vies vertes je le croiserai avec
mes pensées mes doigts acheminant la sève
tant [...] que matière mesme se présente pour être tissue de présent et mise en œuvre
ils tissent ainsi une table vaste grammaire des sensations
c’est un exercice de langue qui vivifie 

contre toute attente
et contre le temps parler
cette tissure à l’œuvre 
repoussant seule la prédiction aux bords du métier
l’Apocalypse

Pensées croisées 29




samedi 5 mai 2018

Rêveusement je vous peigne


Rêveusement je vous peigne ronces onagres petits iris flambes d’eau
au larmier desquels - œil ou bec -
je tiens. Ma perplexité
vous laisse tisser
sans lisères définies
un jardin
dont les excédants je reverse 
d’un lieu à l’autre